Mireille
Mireille SORGUE est partie trop tôt
voir ce qu'il en dit :
Est-il des passages de
votre vie qui vous semblent nécessaires de connaître pour mieux
appréhender votre uvre, et que vous souhaiteriez partager
?
Des événements de ma vie dont la connaissance importe pour la
compréhension de mon uvre ? Au vrai, un seul, mais capital
: la rencontre de Mireille Sorgue. Ah, que ceux qui
ignorent encore L'Amant et les deux volumes parus des Lettres
à l'Amant ( Albin Michel ) les acquièrent toutes affaires
cessantes : un grand, un stupéfiant bonheur de lecteur les
attend. Incomparable. Mireille Sorgue est en filigrane d'une
grande partie de mon uvre. L'Amante lui est consacré.
De
Voyez également ce qu'on dit de lui à propos de
la parution de Océaniques :
Voilà qui pourrait faire l'objet d'une réflexion, ou d'un commentaire :
Pour parler vulgairement, je dirai que le poète doit
être un entremetteur : il ménage des rencontres de mots
comme la tenancière d'une agence matrimoniale favorise
les unions de personnes. Le difficile, c'est de déceler,
entre deux réalités, entre les mots qui les désignent,
d'authentiques affinités (encore que, parfois, très
subtiles), et ce, afin que réunis, accolés, les mots
aient du plaisir à être ensemble; qu'ils semblent, au
lecteur, fait l'un pour l'autre et mieux, qu'on ne puisse
plus les imaginer séparés. Les Surréalistes ont cru à tort qu'il suffisait d'associer les mots qui leur venaient à l'esprit ou qu'ils tiraient d'un chapeau, pour que l'éclair jaillît, que la vérité cachée se fît jour, et c'est pourquoi (Roger Caillois dit très bien cela dans Les Impostures de la poésie) tant de "poèmes" surréalistes nous donnent le sentiment de la gratuité, tant d'entre eux sont morts-nés : aucune exigence intérieure, aucune nécessité ne gouvernant, ne justifiant les rapprochements qui furent faits. Il va de soi qu'une telle conception de la poésie où le temps ne compte pas (comme le voulait Rilke), où l'on a le souci d'entrer en résonance avec le lecteur, jusque dans sa physiologie, jusqu'à la source de ses nostalgies, le souci encore de lui dessiller les yeux et, au-delà, de développer sa révérence à l'égard du réel, une telle conception est parfaitement inactuelle, désuète -de même que l'était, toutes proportions gardées, la peinture de Balthus en son siècle. Elle ne vaut que pour moi et je n'entends pas susciter des émules. Mais croire que l'on peut toucher, éclairer, éblouir, quand on accole des mots qui, de quelque façon qu'on l'envisage n'ont rigoureusement rien à se dire -en allant à la ligne pour bien signifier au lecteur que l'écrit a le statut de poème (lequel se doit d'être "éclaté")-, c'est faire preuve de présomption, de fatuité. De quelque paresse aussi. François Solesmes |