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Premières STG

De petites choses trouvées en corrigeant les commentaires :

1) capter l'attention du lecteur
le caractère merveilleux de la gazelle
l'attendrissement sur la misère de ses origines, séparée de sa mère, élévée par une chèvre
mais aussi l'ambiguité de celle-ci, à la fois merveilleuse et banale, merveilleuse aux yeux du sultan, banale pour tous les autres
l'ambiguité de cette relation passionnée qui ressemble à une passion amoureuse
la mise en concurrence de cet amour récent avec l'amitié ancienne
la concurrence de l'animal et de l'être humain
l'enlèvement de la gazelle qui donne au récit une tournure policière
la jalousie qui est un ressort essentiel du drame
l'exotisme du cadre

2) les caractéristques et les fonctions de la gzelle
caractéristiques
sa beauté, son élégance "bonds harmonieux, yeux profonds"
merveilleuse, mystérieuse, presque humaine
banale, un animal comme les autres
fonctions par rapport au sultan
aider le sultan dans ses décisions de justice
lui rappeler l'heure de la prière
objet d'amour pour le sultan
objet de jalousie pour Osman
fonction par rapport au récit
apporter au récit du mystère
émouvoir le lecteur (enfance malheureuse)
élément déclencheur du récit
à l'origine de la problématique
objet de résolution de cette problématique

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Remarques et réflexions à propos de l'épreuve écrite de l'épreuve anticipée du bac STG 2007 (C'étaitt la première EAF STG)

 

Les sujets de l'EAF 2007 sur Magister EAF Épreuve anticipée de français 12 juin 2007
objet d'étude convaincre, persuader et délibérer : texte Henri de Monfreid :
Les derniers jours de l'Arabie heureuse (1935)
Chapitre X :
"
La gazelle du sultan"
L'auteur : Henry de MONFREID

La vie d'Henry de MONFREID

Visitons l'Arabie heueuse, c'est-à-dire le Yémen

Où se trouve le Yémen ?

La Gazelle du Sultan

Les Derniers jours de l'Arabie heureuse vus par un blogueur

Ma première réaction : étonnant, c'est la première fois, à ma connaissance que les élèves sont confrontés à un texte unique et assez long, au lieu d'un corpus de trois ou quatre textes.

Donc déroutant pour les élèves qui ne sont pas préparés à l'épreuve sous cette forme.

Seconde remarque : j'ai déjà eu l'occasion de souligner que la définition de l'apologue était plutôt flottante, ellle devrait d'ailleurs, sauf erreur de ma part disparaître des programmes l'an prochain. D'où la surprise de la première question. Ceci étant dit : le texte m'a semblé très joli, très lisible et dépourvu de pièges.
Pour le commentaire, je trouve toujours aussi étonnant qu'on définisse deux axes sans avoir posé aucune problématique. Les axes proposés ne me paraissent pas très convaincants à la première lecture. En ce qui concerne la dissertation : "les lecteurs d'aujourd'hui" est une notion qui peut échapper à nombre de nos élèves. Néanmoins, l'expérience de l'étude des fables dans nos deux classes de STG a montré que ces textes courts et imagés étaient capables de retenir leur attention et nous savons que leur attitude volontiers désinvolte et provocatrice vis à vis des enseignements moraux cache un grand désir d'équité, de justice et de conseils pour tenter de démêler le vrai du faux et de distinguer la sincérité de la flatterie. Le malheur est qu'il soient le plus souvent dénigrés ou accablés de démagogie.
L'écriture d'invention semblait le sujet le moins dangereux, à condition de respecter la forme de la lettre, d'être capable de développer, de trouver le ton juste correspondant au personnage et de réutiliser les données du texte sans le recopier.
Pour la première question, revenons à la définition de l'apologue vous y trouvez tous les éléments pour y répondre : "un récit court et plaisant", "la morale est universelle" ("ne sois jamais le familier d'un sultan, car son amitié est vaine", "aucun présent ne peut payer une amitié fidèle" "je voudrais que cet exemple te mette en garde contre le poison de leur flatterie [celle des courtisans], "je veux aller vivre loin des hommes et des villes... dans la nature indifférente et sans haine) - on voit déjà que cette morale "universelle" est semblable à celle de La Fontaine : la volonté de dénoncer l'hypocisie, le mensonge, les apparences, l'inconstance des sentiments.
"L’apologue est donc un récit n’ayant pas pour seul but de divertir mais tout autant d’instruire le lecteur"
"C’est souvent un récit bref de structure narrative simple avec des personnages bien typés." (ici le sultan amoureux fou de sa gazelle et Osman, l'ami délaissé et jaloux)
"Pour plaire, il utilise des moyens divers tels que de nombreuses péripéties, le recours au merveilleux, des éléments comiques ou ironiques suscitant le rire" (ici le rire avec la femme qui croit tout savoir et qui ne sait rien, l'ironie sur l'incapacité des femmes à garder un secret, le caractère rusé d'Osman, le suspense en ce qui concerne sont exécution)
"l’histoire inventée ressemble à une situation de la vie humaine réelle, la conclusion qu’on tire donc de l’histoire peut s’appliquer à la réalité" (les éléments qui appartiennent à la réalité : la jalousie, la flatterie, l'inconstance des sentiments humains.)

Autre proposition de correction des questions

Nous venons de répondre à la seconde question : quels défauts humains sont par là illustrés : le caractère déraisonnable de l'amour du sultan pour son animal familier, qui dépasse celui des êtres humains et qui lui fait négliger son ami. L'inconstance en amitié de ce même sultan. La manie des hommes d'accorder des sentiments humains aux animaux (antropomorphisme). La jalousie de l'ami, l'incapacité de la femme à garder un secret qu'elle va révéler par faiblesse et par orgueil. L'ingratitude de l'ancien esclave devenu intendant. L'hypocrisie des courtisans. La misanthropie d'Osman.

Le Commentaire : autre corrigé sur le net

Il s'agit ici d'illustrer le désespoir et la ruse d'un ami jaloux. Qui se trouve en rivalité amoureuse avec une biche. Ce pourrait tout ausi bien être avec une femme. Est moquée notre capacité à supposer des sentiments et des comportements humains aux animaux. Ici la gazelle n'est pas exemplaire comme elle pourrait l'être dans ine fable, elle n'est qu'un instrument pour tester la qualité de l'amitié du sultan.

C'est aussi un drame, car il s'en faut de peu ( l'intervention de l'intendant) que le sultan pardonne à Osman et rende confiance à ce dernier en l'amitié du Sultan et donc dans l'humanité. Au lieu de cela, Osman ne cherchera plus que l'indifférence de la nature loin des hommes et des villes.

L'attention du lecteur et tout d'abord sollicitée par la désignation de l'un des protagonistes : "Le Sultan Yaya", ce qui nous projette dans l'univers du conte, même si aucun événement merveilleux n'intervient au cours du récit. Le sultan est un personnage essentiel des contes orientaux. L'auteur n'est pas oriental, puisqu'il a vécu et est mort en France, mais il a vécu en orient et s'est même fait nommer Abd el Haï (esclave de la vie) et s'est converti à l'Islam.

Pas de merveilleux, mais la gazelle est "merveilleusement apprivoisée", "on s'attendait à chaque instant au miracle de la parole", nous voilà donc dans une parodie de fable ou de conte de fées.

L'ironie du narrateur se fait aussitôt sentir : il démolit l'illusion de merveilleux, et nous repousse dans la banalité : "C'était cependant une gazelle très commune", et l'inscrit dans la réalité en précisant le lieu géographique, ce qui ne se fait pas beaucoup dans les contes : "née dans la solitude des hauts plateaux du Yémen (voir le titre, c'est le Yémen qu'on nomme "l'Arabie heureuse").

Ainsi, la gazelle n'est pas merveilleuse en elle-même, c'est l'amour irraisonné que lui porte le sultan qui la transfigure ainsi. Le sultan vit dans l'illusion. Comme le lecteur emporté par le conte. La narration est une sorte de gazelle aux yeux profonds. L'insistance sur le regard "limpide et doux" suggère d'ailleurs un pouvoir hypnotique qui pourrait nous faire penser au serpent, symboliquement moins innocent et réellement plus dangereux que la gazelle.

On retrouve ensuite la tentation du merveilleux dans des expressions comme "portée semble-t-il par des invisibles ailes", tempérée par le doute : "semble-t-il", c'est l'apparence, celle que donne notre imagination à la réalité qui est ici dénoncée. Dénoncée aussi par la crauté, ou le réalisme : "à la place du chevreau qu'on avait fait rôtir".

Le troisième paragraphe souligne l'influence bénéfique de la gazelle sur le décisions de justice du sultan, mais illustre en même temps la fragilité de ces jugements : ils dépendent de l'humeur du sultan, ce n'est donc pas la justice.

L'erreur du Sultan, là où il se révèle coupable, c'est d'introduire un animal dans le monde des hommes, chacun doit rester à sa place "comme si réellement elle avait appartenu au monde des hommes".

Et cet aspect extraordinaire de la gazelle se trouve à nouveau nié dans le paragraphe qui suit : "En cela elle ne différait pas des autres gazelles". Cette gazelle, extraordinaire pour le sultan, est dénoncée comme tout à fait ordinaire par le narrateur.

À nouveau l'imagination est mise en accusation : "aussi imagine-t-il tout ce qui plaît à son coeur et met-il en ses pauvres bêtes si simples une âme pareille à la sienne", c'est bien la naïveté de l'antropomorphisme dont il est question ici.

L'introduction proprement dite est à présent terminée. La situation initiale est posée. Intervient l'élément perturbateur : la jalousie de l'ami d'enfance Osman. Car Osman vit dans une nostalgie, celle de la pureté, de l'innocence, de la gratuité des amités enfantines. Le monde des adultes, avec ses calculs, ses compromissions, ses hypocrisies, ses infidélités, ses querelles de pouvoir le révulse à tel point qu'il partira vivre dans un désert comme Alceste, le Misanthrope de Molière en a le projet à la fin de la pièce.

"cette bête, vraiment, tenait-elle au coeur de son ami autant que lui-même". Osman est fâché de se trouver mis en rivalité avec un animal : "cette bête".

Se trouve posée également la problématique du conte, ou de la fable : une bête peut-elle, doit-elle être mise en rivalité avec un homme ? Le reste de l'histoire sera l'occasion d'une mise à lépreuve de cette idée, en même temps qu'une mise à l'épreuve de l'amitié du Sultan.

La première réponse est apportée à Osman par son père défunt : "Ne sois jamais le familier d'un sultan, car son amitié est vaine...". C'est donc à la vérification de la sagesse, de la véracité des paroles de son père que va se livrer Osman. Son père lui a dit également qu'on ne pouvait confier un secret à une femme. La vérification est donc double. Et le père a ici nécessairement raison, c'est dans l'ordre des choses, dans les lois de la civilisation patriarcale : l'ancien détient la sagesse, la connaissance, la vérité, il connaît le monde, il en a fait l'expérience.

C'est aussi dire que les amités d'enfance ne peuvent résister aux bouleversements que provoque l'entrée dans le monde des adultes, dans la complexité des relations et des hiérarchies sociales.

Un instant, Osman se voit à la place du sultan : "Il caressait doucement la gazelle", mais c'est peut-être aussi par distraction, ou pour se mettre dans les pensées de son ami quel effet cela fait-il de caresser cette gazelle. On a vu le caractère irraisonné de l'amour du sultan pour la gazelle, on assiste à présent au geste irraisonné d'Osman "Brusquement, cédant à une impulsion, d'un geste peut-être involontaire".

C'est d'un enlèvement qu'il s'agit, Osman enlève la bien-aimée du sultan. Le caractère précipité des gestes étant souligné par la succession des trois passés simples : "il la saisit, l'enveloppa dans son manteau et s'enfuit", ainsi que par l'utilisation de l'adverbe : "brusquement".

Le récit est lancé, le suspense commence : que va faire Osman de la gazelle du sultan ? Que va-t-il lui arriver ? Sera-t-il pris ? Sera-t-il condamné ? Quel sentiment triomphera chez le sultan, de l'amitié ancienne ou de cette passion pour une gazelle ?

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